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Harcèlement psychologique au travail | Qui sont les harceleurs ?

Elisabeth Grebot, docteur en psychologie, écrit dans son livre Stress et burnout au travail que « La bataille acharnée et meurtrière pour le pouvoir est au cœur du harcèlement moral au travail. »

Elle insiste sur le fait que le harcèlement psychologique au travail « implique une permissivité de l’organisation ». Le harcèlement peut donc consister en une stratégie mise au point au sein de l’entreprise pour mettre fin à certains contrats de travail en évitant des procédures de licenciement qui sont coûteuses. Mais il peut également être instauré dans le cas de restructurations profondes, de fusions d’entreprises, de changements de mode de management…

Définition du harcèlement psychologique au travail

Cette définition fait l’objet des articles L. 1152-1 à 1152-6 du Code du travail :

« Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ».

Le harcèlement moral au travail est souvent le comportement des hommes

Cette tendance s’explique pour deux raisons. La première est qu’on dénote une tendance à la domination plus prédominante chez le sexe masculin ; la deuxième est que le harcèlement est le plus souvent exercé par des supérieurs hiérarchiques ou des personnes ayant une fonction d’autorité. Là encore, le fait que les femmes sont minoritaires dans les postes d’un niveau élevé accentue le rôle des hommes dans le phénomène du harcèlement.

Ainsi si l’on prend le rapport de l’INSEE en 2019, « les cadres et professions intellectuelles supérieures sont plus souvent des hommes (58 %). Mais dans certaines catégories professionnelles, les femmes sont encore plus en minorité (77 % d’hommes ingénieurs et cadres techniques d’entreprise).

Les caractéristiques des harceleurs au travail

Profil des harceleurs

Les pervers occasionnels

Le harcèlement moral au travail ne peut exister que s’il y a une relation de domination/soumission. C’est ce que démontrait Milgram, lors de sa célèbre expérience, qui a mis en évidence le processus de la soumission à l’autorité. Il montrait ainsi que chacun d’entre nous peut se transformer en harceleur dans certaines conditions. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l’expérience de Milgram, c’est ici.

Les pervers occasionnels sont des sujets que rien ne prédestinait à se conduire en harceleurs et pourtant ils sont capables de le devenir s’ils se trouvent dans une situation de risque pour leur emploi. C’est le cas du salarié qui sait qu’un poste similaire au sien doit être supprimé dans son service et qui craint d’être désigné. Il peut alors commencer à harceler son ou sa rivale, en espérant que la victime de ses agissements finisse par démissionner. Dès qu’il parvient à ses fins, il change immédiatement de comportement.

Les personnalités narcissiques

Les sujets narcissiques ne doivent pas être confondus avec les pervers narcissiques. Ils peuvent se comporter en harceleur en faisant preuve de mépris envers les autres, les dénigrer ou les culpabiliser, mais c’est dans le but d’asseoir leur réussite à tout prix. Comme les pervers, ce sont des individus dénués de toute empathie et de toute sensibilité, mais la grande différence réside dans le fait qu’ils ne ressentent aucune jouissance à blesser et rabaisser l’autre.

La personnalité perverse narcissique

Comme indiqué plus haut, elles prennent un immense plaisir à provoquer de la souffrance chez l’autre. Leur comportement vient de leur lutte incessante contre une angoisse de persécution. Les pervers narcissiques qui harcèlent leurs collègues sont persuadés qu’ils sont profondément malveillants. Ce sont des sujets qui peuvent finir par basculer dans la psychose.

Le mobbing : une forme de harcèlement collectif au travail

harcèlement collectif

Qui est touché par cette forme de harcèlement ?

Pour Ève Seguin, professeure au département de sciences politiques de l’Université de Montréal au Québec, le mobbing peut s’apparenter à l’extermination d’une cible humaine.

Le mobbing utilise un procédé particulier, la cible est tout d’abord désignée, puis un faisceau de preuves de sa culpabilité est mis en place. Cette technique est très fréquemment employée dans les entreprises privées et à l’Université.

Le processus vise à obtenir la démission de la cible, son départ anticipé à la retraite, des arrêts maladie répétitifs… Il peut mener à son suicide. Ce fut le cas de Justine Sergent à l’Université McGill au Canada. Cette neuropsychologue s’est donné la mort avec son mari en 1994.

Pour Michel Rocca, professeur d’économie politique à l’Université Grenoble-Alpes, le milieu académique est particulièrement affecté par le mobbing. Ainsi, selon une méta-analyse, environ 15 % des personnes visées par ce « véritable génocide » appartiennent à ce milieu. Ce phénomène touche toutes les sociétés modernes.

Les mobbeurs sont souvent des supérieurs hiérarchiques de la cible qui la considèrent comme une menace pour l’organisation. Ils vont alors tenter de rassembler le groupe qui entoure la cible pour que le comportement d’intimidation soit collectif. On se trouve dès lors en présence de mobbeurs de second rang qui ne sont pas moins dangereux que les mobbeurs à l’origine du harcèlement.

Les techniques du mobbing

Les techniques sont presque toujours les mêmes, la cible est généralement un dernier arrivé dans la structure. Il n’est pas convié aux réunions et lorsqu’il est présent, il ne peut pas prendre la parole. Il devient le bouc émissaire, car il est considéré comme le premier responsable en cas de problème. La qualité de son travail est remise en cause sans raison et son évolution de carrière est bloquée en raison d’évaluations défavorables. Enfin, chaque collaborateur du service est prié de ne pas se rapprocher de lui.

Si les attaques professionnelles ne suffisent pas, la cible est moquée, ridiculisée et exclue du groupe (repas pris seul dans le restaurant d’entreprise, conversation qui s’interrompt lorsqu’il entre dans un bureau…).

Le mobbing peut également s’étendre à l’ensemble de l’organisation qui fait alors preuve d’un déni complet de la réalité d’une violence extrême à l’égard de l’un de ses collaborateurs.

Si la personne concernée n’a pas assez de ressources pour fuir cette situation mortifère, elle peut sombrer dans une profonde dépression que certains pourraient confondre avec un burnout. Or les motifs ne sont pas du tout les mêmes.

La lutte contre le mobbing, comme toutes autres formes de harcèlement, passe par une prise de conscience des personnes témoins de cette situation. En alertant la direction des ressources humaines, il est possible de faire cesser ce type de harcèlement s’il est concentré dans un service et n’a pas contaminé l’ensemble de l’entreprise.

 

 

 

La publication a un commentaire

  1. Cherazade

    Merci pr cet article ! Il ya tellement de types d’harcèlement au travail qu’il faudrait écrire un livre ! Merci pr ton éclaircissement 🙂!

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