Excès ou déficit d’estime de soi | Quel est le bon dosage ?

Excès ou déficit d’estime de soi | Quel est le bon dosage ?

L’estime de soi joue un rôle prépondérant dans notre vie, puisqu’un excès ou un déficit peut entraîner des conséquences sur notre comportement. Trop peu d’estime de soi est souvent à l’origine d’une humeur instable, d’une dépendance affective, d’un manque de persévérance… tandis qu’une démesure aboutit à un sentiment de surpuissance, des idées de grandeur, etc.

Dans les deux cas de figure, on va retrouver derrière ces personnes inhibées ou au contraire exubérantes, des sujets qui sont en souffrance.

La construction de l’estime de soi

construction de l'estime de soiL’estime de soi se développe dès la naissance auprès de ceux qui prennent soin de l’enfant en tenant compte de ses émotions et qui lui portent un amour inconditionnel. Certains chercheurs émettent d’ailleurs la théorie selon laquelle l’estime de soi se construirait déjà in utero. Dès lors, la manière dont la future mère va vivre sa grossesse a très certainement des conséquences sur le devenir de son enfant.

L’estime de soi est donc directement impactée par l’amour parental. L’arrivée du nouveau-né est un moment crucial, puisqu’il va se découvrir dans le regard de l’autre.

Ainsi, D.W Winnicott, pédiatre et psychanalyste, écrit dans Jeu et réalité :

« Que voit le bébé quand il tourne son regard vers le visage de la mère ? Généralement ce qu’il voit, c’est lui-même. En d’autres termes, la mère regarde le bébé et ce que son visage exprime est en relation directe avec ce qu’elle voit ».

Dès lors, on comprend facilement toute l’importance de ce que le nouveau-né va lire dans le regard que sa mère porte sur lui.

D.W Winnicott poursuit donc ainsi :

« Tout ceci est trop aisément tenu pour acquis et je voudrais qu’on ne considère pas comme allant de soi ce que les mères font naturellement quand elles prennent soin de leur enfant. J’évoquerai, pour éclairer mon propos, le cas du bébé dont la mère ne refléterait que son propre état d’âme ou, pis encore, la rigidité de ses propres défenses. Dans un cas semblable, que voit le bébé ? »

Puis, petit à petit le bébé va mettre en place un type d’attachement qui va dépendre de la manière dont il se sent en sécurité au sein de sa famille. S’il se rend compte que chaque fois qu’il émet des besoins, ceux-ci sont rapidement comblés, il va développer un attachement secure. Par contre, s’il pleure pendant des heures sans que personne vienne à son chevet , il développera un attachement insecure ou, pire encore, si l’aide est aléatoire, un attachement ambivalent.

Un attachement secure est le contexte idéal pour que s’installe l’estime de soi. L’enfant sait qu’il y a toujours quelqu’un pour le rassurer quand il se sent en détresse. Selon la pédopsychiatre Nicole Guedeney :

« Lorsqu’il y a un lien d’attachement secure, l’enfant construit un modèle de celui qui l’élève comme digne de confiance, accessible et disponible ; et parce qu’il a expérimenté ce modèle, il construit aussi progressivement un modèle complémentaire de Soi comme digne d’intérêt et ayant de la valeur même dans les situations de vulnérabilité, d’alarme et d’émotions négatives au sens large ».

Fort heureusement, la plupart des enfants qui ont développé un attachement insecure ou ambivalent ont la possibilité de renforcer leur estime de soi grâce à l’amour inconditionnel qu’ils découvriront un jour chez un tuteur de résilience ou adulte de ressource. Cela peut être un autre membre de leur famille, un enseignant ou n’importe quelle personne qui va leur porter ce regard d’amour qui a fait défaut dans le tout début de leur existence.

Lorsque l’enfant grandit, ce sont d’autres éléments qui vont peser sur son estime de soi. Il s’agit des injonctions parentales qui peuvent changer le regard qu’il porte sur lui-même, en bien ou en mal.

Conséquences des troubles de l’estime de soi

L’estime de soi est un sentiment de nos compétences personnelles qui peut connaître des hauts et des bas en fonction des événements auxquels nous sommes confrontés. Ces variations sont intimement liées à des dimensions intersubjectives comme les relations sociales. Si des hausses et des baisses sont tout à fait normales, un excès ou un déficit permanent de l’estime de soi peut conduire à des troubles psychiques.

La dépression

Il est reconnu que le manque d’estime de soi forme un creuset dans lequel la dépression peut facilement se développer. Avoir une image dévalorisée de sa personne ne permet pas de lutter efficacement quand des situations viennent la fragiliser. Des événements douloureux comme un divorce, un licenciement, la perte d’un être cher… se surmontent plus difficilement lorsque l’on a une faible estime de soi.

L’anxiété

Le manque d’estime de soi conduit ceux qui en souffrent à aborder l’existence avec un sentiment permanent de ne pas être à la hauteur. Tout devient alors un problème dans la vie. Cette anxiété maladive peut mener à la prise de substances psychoactives (tabac, alcool, drogues…). Des travaux menés sur ce thème tendent d’ailleurs à montrer que l’expérimentation du tabac à un âge très jeune est liée à une mauvaise estime de soi.

Le trouble bipolaire

Le trouble bipolaire est défini par l’OMS comme “des épisodes maniaco-dépressifs entrecoupés par des périodes d’humeur normale”. Dans la phase maniaque, le sujet développe une estime de soi débordante. Il est exubérant, il peut développer des idées de grandeur, il est souvent irritable, voire agressif. Ces périodes d’exaltation intenses sont suivies de périodes de profond abattement au cours duquel le sujet ressent une infinie détresse et une chute rapide de l’estime de soi.

Les troubles de la personnalité

Trois types de personnalités sont le reflet d’une estime de soi défaillante ou au contraire excessive.

La personnalité borderline

Ce trouble se traduit par une hypersensibilité dans les relations interpersonnelles. Les personnes qui en souffrent vivent dans l’angoisse permanente d’être rejetées. Cela les rend impulsives et versatiles. Elles passent rapidement de l’amour à la haine. Une mauvaise image d’elles-mêmes est souvent à l’origine de leur comportement instable et fréquemment autoagressif (conduites à risque, boulimie, dépenses compulsives, scarifications et parfois suicide).

La personnalité histrionique

Il s’agit ici encore d’un manque d’estime de soi. La personnalité histrionique utilise surtout son apparence physique. Elle est en permanence dans la séduction. Elle veut plaire à tout prix, car elle a un besoin vital d’être aimée. Elle cherche sans cesse à attirer l’attention avec des démonstrations excessives de ses émotions.

La personnalité narcissique

Nous sommes ici en présence d’un excès d’estime de soi qui n’est en réalité qu’apparent. En fait, la personnalité narcissique lutte en permanence contre les doutes qu’elle a sur elle-même. Pour les contrecarrer, elle développe une suffisance qui se traduit par une attitude arrogante vis-à-vis de son entourage. Elle se comporte comme si tout lui était dû et apparaît comme quelqu’un sans empathie et qui n’a d’intérêt que pour elle-même.

Comment acquérir et conserver une estime de soi équilibrée ?

estime de soi bien dosée

S’il est toujours possible de modérer les dégâts provoqués par une perte brutale de l’estime de soi dans des cas de dépressions profondes, comme dans un burn-out ou suite à un traumatisme, aucun traitement médicamenteux ne peut remplacer un travail sur soi.

Quelques règles à mettre en place

Pour reconstruire une faible estime de soi, il faut commencer par apprendre à s’aimer. Pour cela, faites une liste objective de vos compétences et repérer quelles sont vos croyances limitantes.

Le plus souvent, c’est le regard de l’autre. Si la peur du jugement de vos proches, de vos amis ou de vos collègues vous paralyse et que vous n’osez pas sortir de votre zone de confort, soyez d’abord bienveillant avec vous-même.

Si vous ne vous pardonnez pas la moindre erreur, il n’est pas étonnant que vous pensiez qu’il en sera de même pour les autres. Or ceci est complètement faux. Il a d’ailleurs été prouvé que l’on s’apprécie presque toujours plus durement que notre entourage le fait.

Donnez-vous des objectifs réalisables et acceptez le risque d’échouer. La vie est faite d’expériences. Certaines sont une réussite, d’autres le sont moins. Le plus important est d’oser se lancer. Si vous ne parvenez pas à atteindre le but que vous vous êtes fixé, ne dramatisez pas. Vous devez relativiser, un échec ne veut pas dire que la prochaine tentative ne sera pas la bonne. Dressez la liste de ce qui n’a pas fonctionné et vous constaterez que si certains éléments sont de votre fait, d’autres étaient incontrôlables. Vous n’avez peut-être pas choisi le moment idéal ou certains événements ont perturbé votre programme.

C’est le cas aujourd’hui pour tous ceux qui ont, par exemple, ouvert un commerce quelques semaines avant le confinement. Personne ne pouvait prévoir la pandémie de covid-19. Cela ne remet pas en cause leurs capacités et ne doit en aucun cas entamer leur estime de soi.

Enfin, si malgré tous vos efforts, vous ne réussissez toujours pas à exprimer vos besoins, prendre de nouvelles options et affirmer vos décisions, rien n’est perdu. Il faut simplement que vous acceptiez l’aide d’un spécialiste.

Suivre une thérapie

Quand les conséquences d’un trouble de l’estime de soi sont vraiment trop handicapantes dans la vie quotidienne, il est temps de songer à se faire aider par un psychothérapeute. Deux approches sont alors possibles. Vous pouvez choisir de suivre une thérapie analytique qui aura pour objectif de vous accompagner dans la recherche de l’origine de vos symptômes. Vous pouvez préférer les thérapies cognitives comportementales (TCC). Elles vont cibler le changement de vos croyances d’une manière pragmatique. Des exercices vous permettront de modifier votre opinion sur vous-même et sur les autres.

Pour conclure, je rappellerai simplement que dans notre cerveau rien n’est figé comme l’écrit la neurobiologiste C. Vidal dans son article La plasticité cérébrale : une révolution en neurobiologie :

« Au cours des apprentissages et des expériences, c’est la structure même du cerveau qui se modifie, avec la fabrication de nouvelles connexions entre les neurones. […]. Rien n’est jamais figé dans nos neurones, quels que soient les âges de la vie ».

 

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